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L'Orchestre sur les traces des géants

Un compositeur hongrois qui enregistre des paysans avec un phonographe. Un Russe qui transforme un caprice pour violon en feu d'artifice. Un Allemand qui tremble devant un géant. En une seule soirée, la Cité musicale-Metz propose un condensé de ce que la musique a de plus vivant, et nul besoin d'être mélomane expert pour tomber sous le charme.

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Avec l'Orchestre national de Metz Grand Est dirigé par Kevin John Edusei et Andreï Korobeinikov au piano, ce concert dessine un itinéraire où la tradition devient émotion pure : de la pulsation tellurique de Bartók au monument brahmsien, en passant par le vertige lyrique de Rachmaninov et l'audace d'une création contemporaine. Une expérience vivante, physique, totale.

Ouvrir l'oreille : Eve Risser

En lever de rideau, Prolongations, la courte capsule symphonique d'Eve Risser, donne le ton. Artiste en résidence à la Cité musicale-Metz, cette pianiste, flûtiste et improvisatrice hors norme, rompue au jazz et à la création d'aujourd'hui, bouscule les réflexes de l'écoute. Rien d'intimidant : quelques minutes intenses, comme un sas qui aiguise l'oreille avant le grand répertoire.

Sortir de sa zone de confort, se décaler de ce qu'on maîtrise le mieux, nous rend plus humble donc plus humain.

Eve Risser

Bartók : le savant qui est allé danser

Sitôt ce seuil franchi, l'orchestre bascule dans l'univers chatoyant de la Suite de danses de Béla Bartók. On oublie trop souvent que le compositeur fut l'un des ethnomusicologues les plus radicaux de son temps : durant plus d'une décennie, il arpente les campagnes d'Europe centrale, phonographe sous le bras, pour capter l'inflexion brute des musiques de tradition orale. Loin de tout folklore muséifié, la suite de 1923 cristallise cette sève populaire en une modernité étourdissante. Sous la baguette de Kevin John Edusei, l'orchestre devient un organisme vibrant : rythmes asymétriques, timbres en éclats fauves, énergie tour à tour rieuse, sauvage et implacable. Une musique qui titille notre âme de danseur : allons-nous nous lever de nos sièges ?

Rachmaninov : le thème que vous connaissez déjà

Puis Andreï Korobeinikov entre en scène avec la Rhapsodie sur un thème de Paganini, et si vous ne la connaissez pas, vous la reconnaissez dès la dix-huitième variation : ce lyrisme suspendu qui a bercé d'innombrables films et publicités. Formé au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou et au Royal College of Music de Londres, Korobeinikov trouve ici un terrain de jeu à la mesure de son tempérament volcanique. À partir de l'inusable 24ᵉ Caprice du violoniste et compositeur génois, Sergueï Rachmaninov déploie 24 variations où s'entremêlent ironie grinçante, parodie du Dies Irae et sensualité mélodique. Un numéro d'équilibriste où la virtuosité ne brille jamais pour elle-même, mais se met tout entière au service de l'émotion.

Découvrez le portrait d'Andreï Korobeinikov sur France Musique !

Brahms face au géant

La soirée s'achève en apothéose avec la Première Symphonie de Johannes Brahms : vingt ans de doute, de sueur et d'insomnies pour un homme terrassé par l'ombre de Beethoven, dont il disait entendre « les pas d'un tel géant » résonner derrière lui. Créée en 1876, cette symphonie est une œuvre tendue, striée d'urgences lumineuses. Lorsque, dans le finale, éclate le célèbre thème solaire, ce moment que certains surnomment l'« hymne caché », Brahms ne cite pas : il s'empare de l'héritage pour mieux s'en affranchir. C'est la voix d'un maître qui, enfin, trouve sa propre respiration.

Ce que j’aime dans ce programme, c’est sa capacité à nous faire passer d’un univers à l’autre sans jamais perdre le fil. La musique de Bartók, le lyrisme de Rachmaninov, la force de Brahms : tout est différent, mais tout se répond. C’est exactement ce que nous souhaitons faire vivre avec "Confluences", notre thème et fil conducteur pour cette saison 2026-2027. Et puis il y a le plaisir de réunir Kevin John Edusei et Andreï Korobeinikov, deux artistes qui ont chacun une personnalité très forte. Je crois beaucoup à ces concerts qui peuvent à la fois combler les mélomanes et donner envie à ceux qui viennent moins souvent au concert de pousser la porte.

Daniela Martin, directrice générale de la Cité musicale-Metz

Une soirée, trois géants

Bartók face aux traditions populaires, Rachmaninov face à Paganini, Brahms face à Beethoven : trois compositeurs qui se mesurent chacun à un géant, et le dépassent. Portée par des interprètes aussi virtuoses que sensibles, cette traversée des intensités humaines s'adresse à tous, aux habitués comme à ceux qui n'ont jamais osé franchir les portes d'un concert symphonique. C'est exactement la soirée pour commencer.

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Andreï Korobeinikov & Rachmaninov

Symphonique, Piano

Johannes Brahms, Béla Bartók, Orchestre national de Metz Grand Est, dirigé par Kevin John Edusei

Arsenal

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