Jour 4, Daegu
Daegu Concret House
Ce que le public ne verra jamais

Après plusieurs jours de villes, de salles de concert, de bus et de rendez-vous officiels, nous avons profité ce matin d’un petit break pour découvrir un autre visage de la Corée. Direction Hahoe, un village traditionnel situé près d’Andong, dont les maisons, les ruelles et les paysages donnent une toute autre idée du pays que celle que nous avons pu apercevoir depuis les grandes villes.
Un peu de campagne avant de reprendre la route vers la ville
Quelques heures pour marcher, regarder autour de nous pour reprendre une dose d'inspiration, prendre le temps de souffler aussi. Puis il faut reprendre la route : ce soir, l’Orchestre joue à Daegu.
Daegu est l’une des grandes villes du sud-est de la Corée, une métropole très dynamique qui compte notamment une importante vie culturelle et musicale. Nous arrivons au Daegu Concert House, dont le Grand Hall est conçu spécifiquement pour les concerts et l’accueil des grandes formations. La salle peut accueillir 1 284 spectateurs et sa scène, pourtant, va nous réserver une petite surprise.
Ce soir, l'orchestre jouera en ouverture du World Orchestra Festival (également connu sous le nom de World Orchestra Series), l'un des festivals de musique symphonique les plus prestigieux d'Asie, organisé chaque automne au Daegu Concert House à Daegu, en Corée du Sud. L'événement célèbre le statut de Daegu en tant que ville créative de la musique de l'UNESCO.
Quand près de 80 musiciens doivent tenir sur une petite scène
Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui, il faut arriver bien avant le concert. Trois heures avant tout le monde, l’équipe technique est déjà au travail.
En Corée, elle est composée de Lesley, Régisseuse générale technique, et d’un régisseur Jean-Christophe, qu'on appelle tous JC. Leur journée commence bien avant celle des musiciens. Il faut monter le plateau, installer les pupitres, organiser les estrades, prévoir les emplacements, vérifier que tout ce qui a été imaginé sur les plans pourra réellement fonctionner une fois arrivé dans la salle.
Car une tournée d’orchestre, ce n’est jamais reproduire exactement le même plateau d’une ville à l’autre. Chaque salle impose ses propres contraintes et il faut s’adapter.
Aujourd’hui, la scène du Daegu Concert House est particulièrement petite pour accueillir l’Orchestre dans sa formation complète. Les estrades sont étroites. Les pupitres doivent être installés en quinconce pour gagner chaque centimètre disponible, les panneaux acoustiques sont réduits au minimum et le piano se retrouve presque au bord de la scène. Quand les 80 musiciens prennent finalement place, on comprend le travail qu’il a fallu faire pour que chacun trouve sa place.
Et pourtant, rien de cela n’a été improvisé.
Depuis des mois, l’équipe technique prépare cette tournée. Les plans d’orchestre ont été envoyés aux différentes salles bien en amont. Les équipes échangent, posent des questions, ajustent les dispositifs et anticipent les contraintes. Une fois sur place, il faut encore composer avec le matériel disponible et trouver les solutions qui permettront à l’Orchestre de travailler dans de bonnes conditions.
Et leur travail ne s’arrête pas au plateau. Il faut aussi organiser les chargements et déchargements des instruments, leur transport d’une ville à l’autre, vérifier que tout arrive au bon endroit et au bon moment. Le public ne verra finalement que quelques minutes de cette préparation, lorsque les musiciens entreront sur scène. Mais ces quelques minutes reposent sur des heures de travail.


Un piano au bord du gouffre
Une tournée qui se prépare pendant des mois
Même logique du côté de la production. Une tournée de cette ampleur ne se prépare pas en quelques semaines. Le travail a commencé plusieurs mois à l’avance, presque un an avant le départ, avec une période particulièrement intensive durant les six derniers mois.
Cette tournée est coorganisée avec un producteur coréen. Une partie importante de la logistique est donc gérée localement : hôtels, transports sur place, vols, coordination avec les salles. Mais faire voyager près de 80 personnes à l’autre bout du monde demande une organisation qui laisse peu de place à l’improvisation.
Guillemette, chargée de production, en sourit encore lorsqu’elle raconte les préparatifs. Ce qui lui a semblé le plus compliqué ? L’administratif. Les passeports, les visas, les différents documents à réunir… Jusqu’à ce souvenir assez improbable : transporter les 80 passeports dans une valise pour les déposer à l’ambassade à Paris.
Axel, Responsable de la production et de la diffusion, lui, nous parle d’une autre difficulté propre aux tournées internationales : le temps. Il faut prendre aujourd’hui des décisions pour des choses qui n’auront lieu que plusieurs mois plus tard. La flightlist, par exemple, doit être définie six mois à l’avance. À l’inverse, certaines informations ne peuvent être finalisées qu’au dernier moment. Les e-cards nécessaires à l’entrée sur le territoire doivent ainsi être gérées pour tout le groupe seulement 48 heures avant le départ.
Une drôle de gymnastique, entre anticipation très lointaine et urgence de dernière minute.
Depuis le début de la tournée, l’équipe de production souffle un peu. Tout se passe bien, les différents transferts s’enchaînent, les groupes arrivent à destination, les hôtels sont prêts, les salles nous accueillent. Alors maintenant, autant en profiter un peu.
« On apporte du beau aux gens »
Pour l’équipe technique, en revanche, les journées restent longues. Le démontage du plateau, les chargements, les transports, puis le montage de la salle suivante : leur journée ne s’arrête pas lorsque le public applaudit.
Pourtant, Lesley résume son métier avec une phrase qui dit beaucoup de ce qui se joue derrière une tournée : « Ce n’est pas un métier facile, mais concrètement, on apporte du beau aux gens, et ça, c’est formidable. »
Aujourd’hui, à Daegu, il fallait justement réussir à faire entrer tout un orchestre dans un espace qui semblait trop petit pour lui. Quelques heures plus tard, une fois les pupitres installés, les instruments en place et les musiciens réunis, cela paraît presque évident.
C’est sans doute aussi cela, le travail des équipes techniques : faire disparaître les contraintes pour que le public ne voie plus que la musique.
Encore un beau succès pour l'Orchestre
Du côté de l’Orchestre, la journée s’est déroulée sans accroc. Une nouvelle salle, encore une fois magnifique, un raccord qui permet de retrouver ses marques et, le soir venu, un public coréen toujours aussi chaleureux. Pour sa dernière représentation à nos côtés, Changyong Shin recevra même les faveurs de plusieurs fans venus l'attendre en coulisses et en dehors de la salle.
Sur scène, personne ne pense plus aux plans envoyés plusieurs mois auparavant, aux passeports transportés à Paris, aux flightlists préparées six mois à l’avance ou aux centimètres gagnés sur les estrades. Tout ce qui devait être anticipé l’a été.
Il reste la musique.
Et derrière elle, toutes celles et ceux qui ont fait en sorte qu’elle puisse arriver jusqu’ici.



