Jour 2, Séoul
Seoul Arts Center
La journée de toutes les grandeurs

Ce matin, nous quittons Suwon pour rejoindre Séoul. Dans les ascenseurs de l’hôtel, puis dans le bus, les conversations changent peu à peu de ton. Chacun commence à prendre la mesure de ce qui nous attend ce soir. Il n’y a pas de tension particulière, encore moins de stress : l’orchestre sait ce qu’il vient faire ici et aborde ce deuxième concert avec beaucoup de confiance. Mais après le premier rendez-vous d’hier, une forme de concentration s’installe. Nous savons que la soirée sera importante.
Le Seoul Arts Center
À l'arrivée au Seoul Arts Center, cette impression de grandeur devient immédiatement très concrète pour nous. En franchissant les portes de cet immense complexe culturel, un mélange d’excitation et de trac nous envahit. Dans le hall baigné de lumière, les photographies de l’Orchestre et de David Reiland sont déjà là, accompagnées des annonces du concert. L’événement est clairement mis en avant et, pour nous qui arrivons de Metz, voir nos visages et celui de notre chef affichés en grand dans ce haut lieu de la musique internationale a quelque chose d'impressionnant. Il faut dire que notre chef est bien connu du public de Séoul : il a occupé les fonctions de directeur artistique et de chef principal de l'Orchestre symphonique national jusqu'à l'année dernière, et on sent tout de suite le respect que son nom inspire ici.
Lorsque nous pénétrons enfin dans la Grande Salle de Concert pour notre premier raccord, le choc visuel est total. L'espace se déploie devant nous dans une majestueuse forme de fer à cheval, où des milliers de sièges de velours semblent suspendus sur trois étages, n'attendant plus que le public coréen. Sur scène, face à ce volume immense, nous nous sentons à la fois petits et portés par l'histoire du lieu. L'architecture en bois chaleureux n'est pas seulement magnifique à l'œil, elle l'est aussi pour l'oreille : dès les premiers coups d'archet et les premières notes de chauffe des vents, nous comprenons la réputation légendaire de cette acoustique. Le son s'élève, s'organise et revient vers nous avec une clarté et une rondeur exceptionnelles. C’est un outil de travail extraordinaire, un écrin parfait où nous avons hâte de faire résonner l'identité de notre orchestre aux côtés de David.
Nous découvrons ensuite les loges. Elles sont vastes, très lumineuses, et donnent immédiatement une idée du niveau de la soirée qui se prépare. Les musiciens récupèrent leurs instruments, posent leurs affaires, retrouvent leurs habitudes. Chacun prend tranquillement ses marques avant de rejoindre la scène.

Le raccord
Vient alors le moment du raccord. Pour ceux qui ne connaissent pas le terme, c’est ce temps de travail qui permet au chef de reprendre certains passages, parfois de revenir sur ce qui a été fait la veille, mais surtout à l’orchestre de découvrir l’acoustique d’une nouvelle salle. Les musiciens doivent comprendre comment leur son se projette, comment ils s’entendent entre eux, comment les équilibres changent dans cet espace qu’ils découvrent pour la première fois.
Mais avant de commencer, il y a un petit moment où tout le monde prend le temps de regarder. Depuis la scène, la salle paraît immense. Les rangées de fauteuils s’étendent devant nous, encore vides, et il est assez difficile d’imaginer qu’elles seront toutes occupées quelques heures plus tard. On prend quelques photos, on échange quelques mots, puis chacun rejoint son pupitre. Le travail peut commencer.

Un grand programme dans une salle majestueuse
Et quelques heures plus tard, la salle est effectivement comble. Le concert est incroyable. L'Orchestre et le pianiste ont trouvé de nouveaux repères depuis le concert de la veille et la symbiose est plus évidente, plus naturelle. Dès les dernières notes, le public se lève et les applaudissements ne cessent plus. Le soliste est longuement ovationné, David Reiland également, puis vient le moment où chaque chef de pupitre se lève à son tour, suivi des musiciennes et des musiciens qui l’accompagnent. À chaque fois, les applaudissements repartent de plus belle. On entend même des cris au-dessus des claps, comme si le public cherchait encore à ajouter quelque chose à son enthousiasme.
On garde Ravel en tête.
Pendant La Mer, depuis la salle, on pouvait presque avoir l’impression de voir les vagues se déplacer. Les cordes se balançaient, les masses sonores se faisaient et se défaisaient, et cette musique que nous connaissons si bien semblait prendre une dimension très physique dans cette salle. Quand tout se termine, il faut pourtant déjà penser à la suite. Les instruments sont rangés, les derniers échanges avec le public et les équipes terminés, et tout le monde remonte dans le bus. Le concert est encore bien présent dans les discussions. Les musiciens repartent avec le cœur plein de cette rencontre avec le public coréen, heureux de ce qui vient de se passer, mais déjà tournés vers la prochaine date.
La tournée continue....


